Au cœur de ce
débat se trouve un principe fondamental de gouvernance. L’autorité des
décisions du Conseil exécutif ne découle pas de l’importance relative de
certaines dispositions, mais de l’autorité collective des États membres
agissant à travers les organes décisionnels de l’Union. Une fois adoptée, une
décision constitue un instrument juridique et politique unique dont les
dispositions sont destinées à être mises en œuvre de manière cohérente et
intégrale.
Aucun paragraphe n’est intrinsèquement plus
contraignant qu’un autre, et aucune disposition ne devrait être considérée
comme obligatoire tandis que d’autres seraient traitées comme facultatives.
Agir autrement reviendrait à instaurer une hiérarchie de conformité qui ne
trouve aucun fondement dans les décisions elles-mêmes. La crédibilité de
l’architecture de gouvernance de l’Union africaine repose sur la conviction que
toutes les institutions sont soumises aux mêmes normes et aux mêmes exigences.
L’insistance de la Commission de l’Union africaine sur
l’application du paragraphe 5 offre ainsi l’occasion de réaffirmer un principe
plus large: chaque composante des décisions du Conseil exécutif mérite d’être
pleinement mise en œuvre.
Le
Conseil exécutif s’est prononcé à plusieurs reprises : le temps de la mise en
œuvre est venu
L’appel à la restauration de la capacité opérationnelle
du Parlement panafricain n’est ni nouveau ni exclusivement porté par le
Parlement lui-même. Il s’agit d’une position qui a été réaffirmée à plusieurs
reprises par les plus hautes instances décisionnelles de l’Union africaine au
cours des dernières années.
En février 2023, à travers la Décision EX.CL/Dec.1198(XLII), le Conseil
exécutif a demandé au Comité des représentants permanents (CRP), par
l’intermédiaire de son sous-comité compétent, de réexaminer le budget du
Parlement afin de lui permettre d’exercer efficacement son mandat. Lorsque
nombre des préoccupations identifiées dans cette décision sont demeurées sans
solution, le Conseil est revenu sur la question en février 2025 à travers la
Décision EX.CL/Dec.1288(XLVI),
attirant de nouveau l’attention sur les allocations budgétaires du PAP, ses
besoins en recrutement, les exigences liées à la numérisation, la gouvernance
institutionnelle ainsi que les émoluments de ses membres.
Constatant que ces difficultés continuaient de freiner
l’efficacité du Parlement, le Conseil exécutif a de nouveau examiné la question
lors de sa quarante-huitième session ordinaire tenue à Addis-Abeba en février
2026. Par la Décision EX.CL/Dec.1323(XLVIII),
il a demandé à la Commission de l’Union africaine de travailler conjointement
avec le PAP afin de soumettre des propositions visant à rétablir treize lignes
budgétaires critiques supprimées depuis 2019, à autoriser le recrutement de
vingt-cinq postes vacants essentiels et à élaborer un plan de recrutement
progressif couvrant la période 2026-2028.
Plus important encore, le Conseil exécutif a exhorté la
Commission et les sous-comités compétents du CRP à régulariser le budget du
Parlement panafricain afin que celui-ci retrouve le niveau de financement dont
il bénéficiait avant 2019. Il s’agit sans doute de la déclaration politique la
plus forte jamais adoptée par le Conseil exécutif concernant la durabilité
institutionnelle du PAP. Elle traduit une reconnaissance claire de la part des
États membres que le Parlement ne peut remplir efficacement son mandat
continental tant qu’il demeure confronté à des contraintes financières
prolongées, à des pénuries de personnel et à un affaiblissement de ses
capacités institutionnelles.
Le
travail inachevé du paragraphe 8
Les préoccupations exprimées au paragraphe 8 de la
Décision EX.CL/Dec.1288(XLVI) ne
sont pas apparues de manière isolée. Comme l’a démontré la Décision EX.CL/Dec.1323(XLVIII), les États
membres continuent de considérer le rétablissement de la capacité
opérationnelle, des effectifs et des ressources budgétaires du PAP comme une
priorité institutionnelle urgente. Le paragraphe 8 s’inscrit donc dans un cadre
politique plus large et continu visant à renforcer le Parlement et à lui
permettre d’exercer pleinement son mandat continental.
Conscient des difficultés opérationnelles auxquelles le
PAP est confronté, le Conseil exécutif a demandé au CRP, par l’intermédiaire du
sous-comité compétent, de réexaminer à la fois le budget 2026 du Parlement et
un budget supplémentaire pour 2025. Il a notamment souligné la nécessité de
soutenir le recrutement du personnel de direction, du personnel parlementaire
et des services linguistiques, la numérisation de la Chambre parlementaire,
l’amélioration de la gouvernance institutionnelle ainsi que le renforcement de
l’efficacité opérationnelle du Parlement.
Ces priorités touchent directement à la capacité du
Parlement à fonctionner comme une institution continentale efficace. Un
Parlement ne peut remplir convenablement ses responsabilités sans personnel
qualifié, sans infrastructures modernes, sans services linguistiques
performants et sans une direction administrative stable. Le Conseil exécutif a
reconnu cette réalité et a donné des orientations claires en conséquence.
La récurrence de ces préoccupations dans les Décisions EX.CL/Dec.1198(XLII), EX.CL/Dec.1288(XLVI)
et EX.CL/Dec.1323(XLVIII) démontre que les États membres continuent de
considérer que l’efficacité institutionnelle du PAP demeure limitée par des
insuffisances financières, administratives et opérationnelles non résolues. La
mise en œuvre du paragraphe 8 ne consiste donc pas simplement à exécuter une
directive restée en suspens ; elle vise à honorer un engagement plus large et
de longue date du Conseil exécutif en faveur du rétablissement de la capacité
opérationnelle et de l’efficacité du Parlement panafricain.
Restaurer
la capacité opérationnelle du Parlement
Au fond, le débat porte sur l’efficacité
institutionnelle du Parlement panafricain. Le Protocole du PAP envisage un
Parlement capable de servir de cadre représentatif des peuples d’Afrique et de
contribuer de manière significative à la réalisation des objectifs de l’Union
africaine. La concrétisation de cette vision exige davantage qu’un engagement
politique ; elle nécessite des ressources financières adéquates, un personnel
qualifié, des infrastructures modernes ainsi qu’une stabilité institutionnelle
durable.
Un Parlement confronté à des pénuries critiques de
personnel, à des postes de direction vacants, à des services linguistiques
insuffisants et à des capacités technologiques limitées éprouvera
inévitablement des difficultés à fonctionner à la hauteur de son potentiel,
quels que soient l’engagement et le dévouement de ses membres. Les
interventions répétées du Conseil exécutif traduisent ainsi la reconnaissance
du fait que le renforcement de la capacité opérationnelle du PAP est
indispensable pour lui permettre d’exercer efficacement le mandat qui lui est
confié par le Protocole.
L’importance
du paragraphe 9
La restauration du budget, le recrutement du personnel
et la modernisation institutionnelle ne constituent qu’une partie de la vision
plus large du Conseil exécutif pour le renforcement du Parlement. La question
des émoluments des membres et des mécanismes de soutien qui leur sont accordés
revêt une importance tout aussi essentielle. C’est précisément cet aspect que
le Conseil exécutif a abordé au paragraphe 9 de la Décision EX.CL/Dec.1288(XLVI).
À cet effet, le Conseil exécutif a demandé au Comité
des représentants permanents (CRP), par l’intermédiaire du sous-comité
compétent, de réexaminer la Décision EX.CL/Dec.1057(XXXV)
relative à l’harmonisation des indemnités et avantages afin de rétablir les
émoluments des membres du Parlement panafricain.
Cette question est souvent perçue à tort comme une revendication
de nature financière ou un privilège accordé aux parlementaires. En réalité,
elle concerne la capacité pratique des membres à assumer leurs responsabilités
parlementaires à l’échelle continentale. L’article 10 du Protocole relatif au
Parlement panafricain dispose clairement que :
« Les parlementaires panafricains reçoivent une
indemnité destinée à couvrir les dépenses engagées dans l’exercice de leurs
fonctions. »
Le Protocole ne considère donc pas ces indemnités comme
des avantages discrétionnaires, mais comme un mécanisme destiné à permettre aux
membres d’exercer efficacement leurs fonctions. La décision du Conseil exécutif
de revenir sur cette question reflète ainsi la compréhension selon laquelle
l’efficacité parlementaire est étroitement liée au niveau de soutien
institutionnel mis à la disposition des membres.
Au-delà
des élections : concrétiser la vision du Conseil exécutif pour le PAP
L’élection du Septième Bureau a constitué une étape
importante dans la mise en œuvre des décisions du Conseil exécutif. Toutefois,
la vision plus large portée par le Conseil dépasse largement la seule question
des processus électoraux.
Les décisions successives du Conseil témoignent d’une
volonté claire de voir émerger un Parlement panafricain correctement doté en
personnel, suffisamment financé, institutionnellement stable, technologiquement
moderne et pleinement capable d’exercer son mandat au service des peuples
d’Afrique.
La décision adoptée par le Conseil exécutif en février
2026 ne laisse d’ailleurs guère de place au doute quant à l’orientation
politique souhaitée par les États membres. Le rétablissement des treize lignes
budgétaires critiques supprimées depuis 2019, le recrutement de vingt-cinq
postes essentiels restés vacants ainsi que la régularisation du budget du PAP
afin de le ramener à son niveau d’avant 2019 ne constituent plus de simples
propositions ; il s’agit désormais de directives explicites émanant des organes
politiques de l’Union et dont la mise en œuvre est attendue.
L’application des dispositions encore en suspens des
Décisions EX.CL/Dec.1198(XLII),
EX.CL/Dec.1288(XLVI) et EX.CL/Dec.1323(XLVIII) ne permettrait donc pas
seulement de satisfaire à des obligations administratives. Elle représenterait
une avancée majeure vers le rétablissement du niveau d’efficacité
opérationnelle envisagé par les organes politiques de l’Union africaine et
garantirait que le Parlement dispose des moyens nécessaires pour jouer
pleinement son rôle dans la mise en œuvre de l’Agenda 2063 et du projet
d’intégration continentale.
Un
appel respectueux à une mise en œuvre intégrale
Alors que le Septième Bureau entame son mandat, la
Commission de l’Union africaine, le Comité des représentants permanents et les
sous-comités compétents du CRP disposent d’une occasion importante de démontrer
que le principe de conformité s’applique de manière égale à toutes les
décisions du Conseil exécutif. Après avoir, à juste titre, insisté sur la mise
en œuvre du paragraphe 5 de la Décision EX.CL/Dec.1288(XLVI), l’attention
devrait désormais se porter sur les dispositions encore en suspens des
Décisions EX.CL/Dec.1198(XLII),
EX.CL/Dec.1288(XLVI) et EX.CL/Dec.1323(XLVIII).
Une telle démarche ne ferait pas seulement réaffirmer
l’attachement de l’Union à la bonne gouvernance, à l’équité institutionnelle et
au fonctionnement fondé sur les règles de ses organes ; elle fournirait
également au Parlement panafricain les ressources, le personnel et les
capacités opérationnelles nécessaires pour servir efficacement les peuples
d’Afrique.
Si les décisions du Conseil exécutif sont obligatoires,
elles le sont dans leur intégralité. La mise en œuvre réussie des élections du
PAP ne devrait donc pas être considérée comme l’aboutissement du processus,
mais plutôt comme le point de départ d’un effort plus vaste visant à restaurer
l’efficacité du Parlement et à renforcer sa contribution au projet de l’Union
africaine. La crédibilité du cadre de gouvernance de l’Union, tout comme
l’efficacité future de son Parlement continental, l’exigent.
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