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Monday, June 22, 2026

Financer la voix démocratique de l’Afrique : Comment le Parlement panafricain a perdu plus de 40 % de son budget et pourquoi sa restauration est essentielle

Par Olu Ibekwe

Introduction

Le Parlement panafricain (PAP) a été créé par les fondateurs de l’Union africaine comme bien plus qu’une simple assemblée délibérante. Il a été conçu comme la voix démocratique des peuples africains et comme un pilier essentiel de l’architecture de gouvernance de l’Union. À travers le Protocole portant création du Parlement, les dirigeants africains ont imaginé une institution chargée de promouvoir la gouvernance démocratique, de renforcer la redevabilité, d’encourager la participation populaire aux affaires continentales et d’exercer un contrôle parlementaire sur les politiques et programmes de l’Union africaine.

Le Protocole confère au PAP un large mandat consistant à examiner et débattre des questions affectant le continent, à formuler des recommandations sur les droits de l’homme, la gouvernance démocratique, l’État de droit et le développement institutionnel, ainsi qu’à servir de plateforme permettant aux citoyens africains de participer à la construction de l’avenir du continent. Plus important encore, l’Article 11(2) habilite expressément le Parlement à examiner le budget de l’Union africaine et à formuler des recommandations avant son approbation par la Conférence de l’Union. Ce faisant, le Protocole consacre les principes de transparence, de redevabilité, de contrôle parlementaire et de prise de décision inclusive au sein du système de l’Union africaine.

Cette vision a été renforcée par la Déclaration de Durban en hommage à l’Organisation de l’unité africaine et au lancement de l’Union africaine. Dans cette déclaration historique, les dirigeants africains ont réaffirmé leur engagement en faveur de la mise en place rapide du Parlement panafricain comme plateforme commune permettant aux peuples africains et aux organisations de la société civile de participer activement aux discussions et aux prises de décision concernant les défis auxquels le continent est confronté. Le Parlement n’était donc pas destiné à être une simple institution supplémentaire de l’Union africaine, mais un mécanisme essentiel pour promouvoir la démocratie, la bonne gouvernance, les droits de l’homme et l’État de droit à travers l’Afrique.

Dans ce contexte, l’évolution du budget du Parlement panafricain au cours de la dernière décennie soulève d’importantes questions sur la relation entre mandat institutionnel et capacité institutionnelle. Alors que les attentes à l’égard du Parlement n’ont cessé de croître, les ressources financières mises à sa disposition ont évolué dans la direction opposée.

Entre 2016 et 2025, le budget approuvé du PAP est passé d’environ 32,46 millions de dollars américains à 10,35 millions de dollars, soit une réduction de près de 68 %. Même en prenant 2019 comme année de référence, lorsque le budget s’élevait à environ 18,5 millions de dollars, la baisse dépasse 40 %. Cette contraction financière prolongée a affecté la capacité du Parlement à s’acquitter pleinement de nombreuses responsabilités qui lui sont confiées par son Protocole fondateur.

Aujourd’hui cependant, le débat ne porte plus uniquement sur les raisons du déclin du budget du PAP. Après des années de plaidoyer et d’engagement, le Conseil exécutif de l’Union africaine a officiellement reconnu la nécessité de rétablir les lignes budgétaires essentielles supprimées depuis 2019 et de régulariser le financement du Parlement. Le débat émergent ne concerne donc plus simplement le rétablissement budgétaire, mais la question de savoir si le parlement continental de l’Afrique disposera des ressources nécessaires pour remplir le rôle que lui avaient assigné les fondateurs de l’Union africaine.

Les chiffres derrière le déclin

L’ampleur de la réduction apparaît clairement lorsqu’on examine l’évolution du budget dans le temps :

Année

Budget du PAP (USD)

2016

32 460 996

2017

23 867 000

2018

17 221 564

2019

18 510 000

2020

16 408 177

2025

10 350 000

Cette évolution révèle deux phases distinctes.

La première s’est produite entre 2016 et 2018, période durant laquelle le PAP a subi une réduction substantielle dans le cadre des mesures plus larges de rationalisation budgétaire de l’Union africaine.

La seconde phase a commencé après 2019, lorsqu’un certain nombre de lignes budgétaires essentielles ont été entièrement supprimées de l’allocation du Parlement, entraînant une période prolongée de contraction financière qui s’est poursuivie jusqu’en 2025. Le Conseil exécutif a depuis confirmé que treize lignes budgétaires essentielles avaient été retirées du budget du PAP à partir de 2019.

Quelles sont les causes du déclin ?

Plusieurs facteurs ont contribué à cette réduction.

1. La réforme institutionnelle de l’UA et la rationalisation budgétaire

Le principal facteur a été le processus de réforme institutionnelle de l’Union africaine.

À partir de la fin des années 2010, l’UA a entrepris un vaste programme visant à améliorer l’efficacité, réduire les coûts administratifs et renforcer la viabilité financière de ses organes et institutions.

Comme de nombreux organes de l’UA, le PAP a été affecté par ces réformes alors que les États membres cherchaient à maîtriser les dépenses et à réduire leur dépendance aux financements extérieurs.

2. La suppression de lignes budgétaires essentielles

Le deuxième facteur a été la suppression de lignes budgétaires opérationnelles essentielles après 2019.

La décision du Conseil exécutif de février 2026 a reconnu que treize lignes budgétaires indispensables au fonctionnement du Parlement avaient été supprimées et a demandé à la Commission de travailler avec le PAP pour les rétablir.

Cette reconnaissance est importante car elle confirme que le déclin n’était pas simplement le résultat de l’inflation, des taux de change ou d’ajustements comptables. Des ressources opérationnelles fondamentales ont effectivement été retirées à l’institution.

3. L’impact de la COVID-19

La pandémie de COVID-19 a renforcé les restrictions budgétaires.

Comme de nombreuses organisations internationales, l’Union africaine a adopté des mesures de maîtrise des coûts durant la pandémie. Alors que de nombreuses institutions sont progressivement revenues à des niveaux de financement normaux après la crise, le PAP a continué à fonctionner avec ce que l’ancien Président du Parlement, Chief Fortune Charumbira, a qualifié de « budget de l’ère COVID », bien après la reprise des activités parlementaires.

4. Les défis plus larges du financement de l’UA

Les difficultés financières de l’Union africaine elle-même ont également affecté le PAP.

Malgré les efforts visant à renforcer les mécanismes d’autofinancement, l’UA continue de faire face à des contraintes de ressources liées à l’irrégularité des contributions des États membres et à des pressions budgétaires plus larges sur le continent.

Dans les périodes de restriction budgétaire, les institutions ayant un contrôle limité sur l’allocation des ressources subissent souvent des réductions disproportionnées.

Comment le PAP se compare-t-il aux autres organes de l’UA ?

Le déclin devient encore plus frappant lorsqu’il est comparé au budget global de l’Union africaine.

En 2016, l’Union africaine avait approuvé un budget d’environ 837,4 millions de dollars américains. À l’époque, le budget du PAP de 32,46 millions de dollars représentait environ 3,9 % des dépenses totales de l’UA.

En 2025, l’allocation du PAP était tombée à un peu plus de 10 millions de dollars, faisant de lui l’un des organes principaux les moins financés de l’Union malgré son mandat continental et la représentation de toutes les régions d’Afrique.

Cela soulève une question fondamentale de politique publique :

Une institution appelée à représenter la voix de plus de 1,4 milliard d’Africains peut-elle accomplir efficacement son mandat avec une fraction aussi réduite des ressources globales de l’Union africaine ?

Les récentes décisions du Conseil exécutif suggèrent qu’un nombre croissant d’États membres considèrent que la réponse est non.

Mandat Institutionnel et Capacité Financière

La diminution du budget du Parlement panafricain n’est pas simplement une question administrative ou financière. Elle soulève des interrogations fondamentales quant à la capacité de l’Union africaine à concrétiser pleinement l’architecture de gouvernance démocratique envisagée dans ses instruments fondateurs.

Le Protocole portant création du Parlement panafricain confère à cette institution un large éventail de responsabilités, notamment la promotion de la gouvernance démocratique, le renforcement de la redevabilité, l’encouragement de la participation populaire aux affaires continentales, la promotion des droits de l’homme et de l’État de droit, ainsi que la contribution à l’élaboration des politiques publiques au sein de l’Union africaine. Le Protocole habilite également expressément le PAP à examiner le budget de l’Union africaine et à formuler des recommandations avant son approbation par la Conférence de l’Union.

Ces responsabilités ne peuvent être exercées efficacement sans une capacité institutionnelle adéquate.

Le contrôle parlementaire nécessite des missions d’établissement des faits, des réunions de commissions, des consultations avec les parties prenantes, des auditions publiques, des missions d’observation électorale, des recherches législatives, des analyses de politiques publiques, des services de traduction ainsi qu’un engagement continu avec les États membres et les citoyens. De même, l’élaboration de lois modèles, d’avis consultatifs et de recommandations politiques dépend de la disponibilité d’une expertise technique, d’un personnel qualifié et de ressources opérationnelles suffisantes.

Lorsque les ressources sont considérablement réduites sur une longue période, les conséquences dépassent le cadre de l’institution elle-même. Elles affectent la capacité du Parlement à assurer un contrôle efficace, à représenter la voix des citoyens africains, à contribuer aux débats politiques et à renforcer la redevabilité au sein du système plus large de l’Union africaine.

L’enjeu n’est donc pas simplement que le PAP ait perdu plus de 40 % de son budget. La préoccupation plus profonde est de savoir si le Parlement peut effectivement s’acquitter des responsabilités que lui confère le Protocole tout en opérant sous des contraintes financières qui ont progressivement érodé sa capacité opérationnelle.

C’est pourquoi les récentes décisions du Conseil exécutif visant à rétablir les lignes budgétaires essentielles et à régulariser le financement du PAP revêtent une importance particulière. Elles traduisent une prise de conscience croissante selon laquelle le renforcement du Parlement n’est pas seulement une question budgétaire, mais un investissement dans la gouvernance démocratique, la redevabilité, la participation citoyenne et l’efficacité institutionnelle de l’Union africaine elle-même.

Quelles fonctions ont été affectées ?

Les réductions budgétaires ont eu des conséquences concrètes sur le fonctionnement du Parlement.

1. Réduction des activités de contrôle et des missions d’établissement des faits

Le contrôle parlementaire constitue l’une des fonctions les plus importantes du PAP.

Les contraintes budgétaires ont réduit la fréquence et l’ampleur des missions d’établissement des faits, des activités d’observation électorale, des visites de contrôle ainsi que des engagements parlementaires auprès des États membres.

2. Limitation des activités législatives et de développement des politiques publiques

Le PAP s’est progressivement impliqué dans l’élaboration de lois modèles et de cadres politiques visant à soutenir l’harmonisation des législations à travers l’Afrique.

Toutefois, la rédaction législative, les consultations des parties prenantes, la mobilisation d’experts et les ateliers de validation nécessitent des ressources importantes. Les contraintes budgétaires ont inévitablement limité la capacité du Parlement à entreprendre ces initiatives à grande échelle.

3. Contraintes pesant sur les activités des commissions permanentes

Les dix commissions permanentes constituent l’épine dorsale opérationnelle du Parlement.

La réduction des financements a restreint l’organisation des réunions de commissions, des auditions publiques, des consultations avec les parties prenantes ainsi que des activités de suivi indispensables à un contrôle efficace et à l’élaboration de politiques publiques.

4. Défis liés aux ressources humaines

Les limitations financières ont également contribué à des contraintes en matière de personnel.

Au fil du temps, plusieurs postes critiques sont restés vacants, augmentant la pression sur le personnel en place et réduisant la capacité institutionnelle du Parlement. Ce défi a finalement été reconnu par le Conseil exécutif, qui a autorisé le recrutement progressif de vingt-cinq postes essentiels.

5. Diplomatie parlementaire et participation citoyenne

En tant qu’institution parlementaire continentale de l’Afrique, le PAP joue un rôle important dans la diplomatie parlementaire, la participation citoyenne et l’engagement avec les partenaires régionaux et internationaux.

Les limitations budgétaires ont inévitablement réduit la capacité de l’institution à maintenir ces activités au niveau souhaité.

Quel serait le coût du rétablissement du budget ?

Le Conseil exécutif n’a pas demandé un retour au niveau de financement de 2016, qui s’élevait à 32,46 millions de dollars américains.

Son objectif est plutôt de rétablir le budget du Parlement à un niveau opérationnel durable en réintroduisant les lignes budgétaires essentielles supprimées depuis 2019 et en régularisant son financement.

Si le budget du PAP était rétabli à son niveau approximatif de 2019, soit 18,5 millions de dollars américains, l’augmentation nécessaire représenterait environ 8,15 millions de dollars supplémentaires par an par rapport à l’allocation de 2025.

Dans le contexte du budget global de l’Union africaine, il s’agirait d’un investissement relativement modeste pour une institution chargée de renforcer la gouvernance démocratique, l’harmonisation législative, la redevabilité, la participation citoyenne et l’intégration continentale.

Du rétablissement budgétaire à l’efficacité institutionnelle

L’importance des récentes décisions du Conseil exécutif ne réside pas uniquement dans la perspective d’un financement supplémentaire.

Elles traduisent la reconnaissance par les États membres du fait que le Parlement ne peut s’acquitter efficacement de son mandat lorsqu’il fonctionne sous des contraintes financières prolongées.

Le plaidoyer soutenu mené par le Sixième Bureau sous la direction de Son Excellence le Chef Fortune Charumbira a contribué à porter la question du financement du PAP au premier plan des débats politiques au sein de l’Union africaine. Cette mobilisation a favorisé l’adoption d’une série de décisions du Conseil exécutif qui ont culminé avec la directive de 2026 visant à rétablir les lignes budgétaires essentielles et à régulariser le financement du Parlement.

Le défi est désormais entre les mains du Septième Bureau, de la Commission de l’Union africaine, du Comité des Représentants permanents (COREP) et des États membres.

Le débat ne porte plus sur la réalité du déclin budgétaire du PAP. Les faits sont établis.

La question la plus importante est désormais de savoir si les mesures de restauration déjà approuvées par le Conseil exécutif seront effectivement mises en œuvre et traduites en un Parlement plus fort, plus efficace et mieux à même de remplir son mandat continental.

Pour le Parlement panafricain, la restauration du budget n’est pas simplement un exercice financier. Il s’agit de rétablir la capacité opérationnelle d’une institution que les instruments fondateurs de l’Union africaine ont conçue comme la voix démocratique des peuples africains. La question qui se pose aux États membres n’est donc pas de savoir si le PAP mérite un financement adéquat, mais si l’Union africaine est prête à doter pleinement l’un de ses principaux organes des ressources nécessaires pour exercer les fonctions de contrôle, de représentation, de conseil et d’examen budgétaire qui lui sont confiées par le Protocole portant création du Parlement panafricain.


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